Les secrets d’une révolution silencieuse

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Le magazine Sciences & Vie Junior ausculte à la loupe les Incroyables Comestibles pour décrypter les ingrédients de la recette magique de ce mouvement citoyen rendant possible un nouvel art de vivre sur les territoires aux quatre coins du monde par le simple changement de regard. Et en plus, de manière autonome et entièrement gratuite. Comment en pleine crise de société un tel changement de modèle est-il rendu possible aussi vite et de façon aussi simple ? D’où vient cette initiative entièrement citoyenne ? Comment fonctionne le principe de ce changement de paradigme accessible à tous ? L’édition hors-série N° 103 de décembre 2013 termine l’année en beauté en publiant « 50 projets qui font du bien ». Et c’est sous la rubrique « Au service des hommes » que l’équipe de la rédaction du journal a décidé de retenir la démarche participative citoyenne Incredible Edible venue du Nord de l’Angleterre et arrivée depuis à peine un peu plus d’un an en France.

– Au service des hommes –

La recette magique des Incroyables Comestibles à la loupe :
TRANSFORMER LES VILLES EN POTAGERS GRATUITS
-> Le projet : planter des légumes pour les autres, et faire des émules.
-> Ça fait du bien… parce que ça nourrit, ça réapprend à manger local
et ça rapproche les voisins.
-> Son auteur : la Britannique Pam Warhurst, mais aussi ses voisins
et des citoyens du monde entier.

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Rue de Wattignies, dans le 12e arrondissement de Paris. Sur le trottoir s’alignent d’énormes pots de fleurs. Jusque-là rien d’extraordinaire, toutes les grandes villes aiment se fleurir. Mais si vous regardez de plus près, surprise ! Ici quelques plants de tomates et de haricots, là, des framboisiers et de la menthe, plus loin, de la ciboulette, et partout, des petits écriteaux sous plastique où on lit :  « Nourriture à partager, servez-vous c’est gratuit ». Ces bacs ont été plantés par les habitants du quartier, et chacun est invité à jouer de la binette pour ajouter le légume ou l’herbe aromatique qui lui chante. L’initiative n’a rien d’isolée, elle prospère dans plus de 350 communes, dont environ 250 en France. Elle a pour nom Incroyables Comestibles (IC). Une démarche initiée en 2008 qui prolifère plus vite que de la mauvaise herbe.

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Piquer et repiquer

L’idée germe dans une petite ville du Nord de l’Angleterre, Todmorden, 15 000 habitants, une ancienne cité industrielle qui se vide depuis la fermeture de ses usines. Chômage et criminalité en hausse, commerces qui mettent la clé sous la porte… Un jour, deux mères de famille, Mary Clear et Pam Warhust, installent devant chez elles des bacs de plantes potagères et décident de mettre leur production à la disposition de tous. Pillés aussi sec ? Pas du tout ; en revanche, les voisins leur piquent l’idée. Leurs bacs font des petits ! Alors, elles réunissent leurs concitoyens pour réfléchir à la manière dont ce simple geste pourrait changer leur ville, sans paperasse ni stratégie. L’engouement est immédiat ; le mouvement Incredible Edible – en français Incroyables Comestibles – est né… Tout Todmorden s’y met : le commissariat de police distribue moins d’amendes et plus de choux, la caserne des pompiers se lance dans la cerise, la mairie s’enorgueillit de ses gros légumes… Même le cimetière ne se contente plus de pissenlits car, comme le souligne en souriant Pam Warhust,  « le sol y est extrêmement fertile ».  Rapidement des villes voisines emboîtent le pas.

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Graine de bon voisinage

En France, la première ville à suivre le mouvement a été Colroy-la-Roche, en Alsace, en avril 2012. Depuis, ça n’arrête pas. « À Plomelin, en Bretagne, ce sont les élus du conseil municipal des enfants qui ont démarré le projet et qui s’en occupent. Il faut les voir se démener ! », s’émerveille François Rouillay, coordinateur pour la France d’Incroyables Comestibles. À la Rochelle, plus de 80 bacs s’hexibent dans la ville ; à Angers, un potager libre d’accès pousse sur les pelouses de l’hôpital. En région parisienne, les jeunes du club Rotaract (Rotary en action) de Versailles ont ouvert le bal, avec plus de 120 bacs installés dans les environs de la royale commune. « À Albi, l’université Champollion nous a ouvert son campus, poursuit le dynamique coordinateur. On nous propose aussi la gestion d’une forêt de 8 hectares pour y planter des arbres fruitiers, ainsi qu’une grande ferme où nous pourrons produire des semis en quantité et faire de la pédagogie auprès des scolaires.».

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Pourquoi des semis ? Chacun est libre de planter ce qu’il veut, mais utiliser les semences du commerce qui sont des hybrides stériles qu’on ne peut replanter, n’a pas vraiment de sens. « Si la terre est source d’abondance, c’est bien parce qu’à partir d’une graine on obtient un arbre dont les fruits auront des graines qui permettront de planter des centaines d’arbres», martèle François Rouillay. Il faut donc enseigner comment collecter, faire germer…

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Voici donc un projet simple, convivial, solidaire, sur lequel chacun peut se greffer… même s’il n’a pas un radis ! Car un simple pot de basilic sur le rebord de la fenêtre, peut donner au voisin l’idée de planter des tomates. Et c’est parti, on apprend à connaître le dit-voisin, les passants tendent l’oreille, on s’organise pour arroser à tour de rôle… et on finit parfois par manger des tomates-mozza tous ensemble. Qui a dit que les Français étaient des individualistes ?

Respect ! Ça se mange !

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Du vandalisme, il y en a. Mais peu. Le fait que ce soit de la nourriture semble freiner les mauvais instincts : « Quand les jardinières en façade de ma boutique contenaient des plantes ornementales, je me les faisais souvent faucher, déplore Marie-Laure Bara, propriétaire du magasin Macadam et Tournesol, à Paris. Depuis que j’ai mis des fraises ou des salades à partager, c’est cueilli avec parcimonie, jamais volé ! »

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Le but d’IE n’est évidemment pas de nourrir gratis toute une ville. « À Paris, où peu de monde a son pas-de-porte, cela sert surtout à rappeler que les légumes ne poussent pas dans les supermarchés, remarque Nathan Dubois qui anime des initiatives dans la capitale. Et cela incite à consommer plus « local ».  Les maraichers n’ont donc rien à craindre du mouvement. Au contraire. Aujourd’hui, à Todmorden, les vendeurs de légumes, de viande, de miel… indiquent avec fierté sur leurs étiquettes que leurs produits sont du coin. Les petits commerces sont florissants, l’économie est repartie, la population ne déserte plus. Et le monde entier copie. Tout ça parce que Mary, Pam et leurs voisins, ont planté il y a six ans, quelques légumes sur le pas de leur porte. Incroyable, non ?

Sylvie Redon-Clauzard pour Sciences & Vie Junior, édition spéciale « 50 projets qui font du bien«  dans le hors-série N° 103 de décembre 2013, dans tous les kiosques à journaux. Illustrations par Benjamin Delacour.

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Depuis juin dernier, à Had Labrachoua, au Maroc, les adeptes des IC construisent des « jardins en trou de serrure ». Au centre de ces structures se dresse une tour remplie de compost, par laquelle les plantes sont irriguées et nourries de façon très économique. Une technique qui donne d’excellents résultats.

 – Les 5 étapes pour bien s’implanter –

Étape 1 : On commence par se prendre en photo devant la pancarte de sa commune, avec ce que l’on compte planter. C’est légal, pacifique et sympa.

Étape 2 : On partage la photo sur les réseaux sociaux. On se signale à IC France, et à Todmorden pour être ajouté sur la carte mondiale.

Étape 3 : On installe ses premières plantations dans un endroit accessible aux passants mais qui nous appartient (pas-de-porte, rebord de fenêtre, clôture du jardin…) et on met des affichettes invitant au partage.

Étape 4 : On fait connaître la démarche (réunions publiques…), et on encourage les autres à nous imiter.

Étape 5 : Quand on est nombreux, il devient facile de demander aux autorités de laisser les platebandes municipales être envahies par les fruits et légumes.

Source : le site Incroyables Comestibles France -> incredible-edible.info

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